Le 7 août 2013, à Colombes, dans la soirée, à quelques minutes
d’intervalle, Priscilla A., âgée de 32 ans, était frappée, le visage ravagé de
coups de poing et de pied, ce qui allait causer des lésions gravissimes à son
cerveau, et Sandra G., 19 ans, était pistée, violemment frappée, violée à deux
reprises et délestée de sa carte bancaire.
Sofiane Rasmouk, filmé par les caméras de surveillance et trahi par son
ADN, était interpellé pour ces crimes dès le 14 août et sa comparution devant
la cour d’assises de Nanterre ne devrait plus tarder, accusé de tentative de
meurtre pour la première victime et de viol et vol avec violence pour la seconde.
Mais il existe un autre contentieux infiniment justifié, qui a été initié par la mère de Priscilla, visant à déterminer si en amont de ces crimes une responsabilité judiciaire ne devrait pas être mise en cause.
Elle a déposé plainte pour mise en danger de la vie d’autrui contre X et un
juge d’instruction de Bobigny a été désigné. Apparemment – si Le Parisien est bien informé -, elle a été déboutée une première fois de son action
pénale contre l’État mais, par l’entremise de son conseil, elle a porté plainte
à nouveau au mois de mars 2015 auprès du doyen des juges d’instruction de
Nanterre.
Je comprends son obstination. Qu’on en juge.
Sofiane Rasmouk a été suivi, dès l’âge de 14 ans, par un juge des enfants.
À la mort de son père, il a 16 ans.
À partir de 2013, alcool et ecstasy, avec le développement d’une
« agressivité interne » relevée par des experts.
Quand il est interpellé en août, son casier judiciaire mentionne 20
condamnations portant sur la période de 2002 à 2012.
Au mois de septembre 2010, il est ainsi sanctionné pour agression sexuelle.
Pourtant, le 12 avril 2013, ce récidiviste, au moins au sens courant, est
placé sous le régime de la semi-liberté et jusqu’à la date des faits, il ne va
pas cesser de traiter avec désinvolture ses obligations avec pour seule
conséquence « des remontrances et un retrait de réduction de peine de
quelques jours ». Pas de quoi l’intimider, en effet !
Durant le début du mois d’août, il est d’abord parfaitement libre de ses
mouvements durant la journée car la supérette où il est censé travailler est
fermée. Il aura d’ailleurs fait défaut à celle-ci sans excuse, les 22 et 24
juillet.
Il a 9 retards importants injustifiés pour son retour au centre de
détention au sein duquel, pire, il ne passera pas la nuit du 27 juillet.
Il est anormal que ces transgressions répétées, de la part d’un tel jeune
homme, n’aient pas suscité plus d’émoi et de sévérité. D’autant plus que le
juge de l’application des peines concerné et le service d’insertion et de
probation avaient été alertés et donc ne pouvaient ignorer que le suivi de
Sofiane Rasmouk allait à vau-l’eau. Il ne s’agit donc pas, comme cela est
souvent invoqué dans les situations similaires, d’une incurie par ignorance
mais par faiblesse.
Si […] Sofiane Rasmouk est seul coupable physiquement et matériellement de
ses crimes si la cour d’assises le décrète, il n’en demeure pas moins que le
processus qui s’est déroulé en amont a au moins facilité la libération
prévisible des pulsions de ce psychopathe qui aurait dû d’autant plus être maintenu
et encadré de manière serrée que son indifférence affichée à l’égard des
contraintes et des règles révélait la dangerosité qui l’habitait, prête pour le
futur, souvent extériorisée dans le passé.
La cour d’assises de Nanterre, je l’espère, abordera cette grave et
douloureuse problématique.
Mettre en cause des pratiques ou des abstentions qui ont engendré le pire
ne sera pas offenser la magistrature et les services qui l’assistent.
L’intolérable, pour une victime et sa famille, c’est une tragédie qu’on
aurait pu, dû éviter.
Magistrat honoraire et président de l'Institut de la parole
Via Bld Voltaire

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