Le médicament, une denrée spéculative ?
D’après la plupart
des observateurs, la pénurie de médicaments actuelle serait essentiellement due
aux laboratoires fabricants qui limitent le nombre de boîtes livrées aux
distributeurs, afin d’éviter qu’ils ne les revendent à l’étranger avec des
marges supérieures à celles dont ils bénéficient en France, protégeant ainsi
leur propre marché extérieur.
Les ruptures de stock de médicaments dans les
pharmacies sont de plus en plus fréquentes.
Sensible dès 2008, ce problème
devient préoccupant aujourd’hui, et l’Agence nationale de sécurité du
médicament (ANSM) estime que depuis cette date, le nombre de médicaments
manquants a été multiplié par 10. En avril 2013, l’Académie nationale de
pharmacie s’en est préoccupée et a édité un rapport sur le sujet, considérant
que les ruptures de stock et d’approvisionnement des médicaments « étaient
largement la conséquence de facteurs économiques mondiaux, conduisant soit à
une rupture de disponibilité des médicaments chez le fabricant (rupture de
stock), soit à une rupture dans la chaîne d’approvisionnement rendant
momentanément impossible pour le pharmacien […] de disposer du produit en vue
de la délivrance au patient (rupture d’approvisionnement) », et fait
quelques recommandations.
La lecture de ce rapport nous apprend également que
14 % des ruptures de stock de médicaments auraient pour origine une
difficulté d’approvisionnement en matières premières à usage pharmaceutique,
car 60 à 80 % des matières actives sont fabriquées principalement en Inde
et en Asie, contre 20 % il y a 30 ans, et qu’ainsi « par le jeu
combiné de la mondialisation, de la crise économique et de l’augmentation des
exigences réglementaires, on assiste à l’abandon de fabrication de matières
actives à usage pharmaceutique tombées dans le domaine public, mais toujours
très utiles à la santé publique ».
Cependant, si 14 % des ruptures de
stock sont liées à des difficultés d’approvisionnement en matières premières,
on peut considérer que plus de 80 % sont donc liées soit à des problèmes
de fabrication (parfois), soit à des problèmes de distribution (le plus
souvent).
D’après la plupart des observateurs, la pénurie de
médicaments actuelle serait essentiellement due aux laboratoires fabricants qui
limitent le nombre de boîtes livrées aux distributeurs, afin d’éviter qu’ils ne
les revendent à l’étranger avec des marges supérieures à celles dont ils
bénéficient en France, protégeant ainsi leur propre marché extérieur.
Il ne
s’agirait donc que d’une basse manœuvre commerciale destinée à enrichir les
intermédiaires et les fournisseurs. Peu importe l’intérêt du malade !
Si l’on peut accepter de telles stratégies
commerciales dans d’autres domaines économiques, il est difficile de l’accepter
dans le domaine de la santé où la pénurie de certains médicaments peut nuire
gravement au malade.
Il faut se souvenir que l’industrie pharmaceutique est
avant tout une entreprise commerciale, destinée à produire des profits et des
dividendes, quel que soit son domaine d’intervention.
Mais il est regrettable
que dans le domaine de la santé, la législation ne l’oblige pas à respecter
certaines règles, et un minimum de déontologie auxquels sont astreints tous les
autres professionnels.
Faut-il y voir un effet de sa puissance qui lui permet
de se jouer des règles que l’on impose aux autres ?
Ce n’est pas
impossible. Le gouvernement nous promet de prendre des mesures pour assurer la
disponibilité des médicaments d’intérêt thérapeutique majeur (et pour les
autres ?).
Affaire à suivre !
Docteur. Jacques Michel Lacroix
via Bld Voltaire

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