
"En politique, Nicolas Machiavel (1469-1527) demeure assurément l’un des meilleurs maîtres. Florian Philippot et Marine Le Pen ne l'ont probablement pas lu, et c'est fort dommageable pour eux (...)
Dans le domaine de la cruauté, le maître florentin est
explicite:
«Il y a des cruautés bien
pratiquées et des cruautés mal pratiquées.»
Les premières sont
étendues et commises au début du règne afin de pourvoir à la sûreté du nouveau
prince. Le prince arrivant au pouvoir doit déterminer posément toutes les
cruautés qu'il lui est utile de commettre et les exécuter en bloc pour n'avoir
pas à y revenir.
En acceptant de confier à son père la présidence
d'honneur du parti en 2011, et en ne prévoyant pas à l'avance de voie de
sortie, Marine Le Pen a emprunté le chemin inverse de celui décrit par
Machiavel.
Pis, l'auteur italien nous enseigne sur
l'étendue des problèmes posés par une faiblesse initiale.
Il nous explique que
les cruautés mal pratiquées, de peu nombreuses au début,
«se multiplient
avec le temps au lieu de cesser».
Les sujets sont alors rongés par une
continuelle inquiétude.
Le prince est
désormais contraint de toujours
«tenir le couteau en mains»...
ce qui
finit par mal tourner. Voilà le meilleur éditorial sur l'état de la lepénie.
Une fois l'erreur commise, comment se débarrasser de
celui que l'on a été trop faible pour éliminer dès le départ?
Ce que Machiavel
exprimera en termes brutaux dans l'Histoire de Florence («Quant aux hommes puissants, ou il ne faut pas
les toucher, ou quand on les touche il faut les tuer»), il
l'enveloppe davantage dans Le Prince, mais c'est exactement la même
pensée, et elle est très claire:
«Sur quoi il
faut remarquer que les hommes doivent être ou
caressés ou écrasés; ils se vengent des injures légères; ils ne le
peuvent quand elles sont très grandes; d'où il suit que, quand il s'agit d'offenser un homme, il faut
le faire de telle manière qu'on ne puisse redouter sa vengeance.»
Florian Philippot et Marine Le Pen se sont mis dans
cette situation. Pis, Marine Le Pen, en rejoignant son vice-président
dans la position d'absents au Bureau exécutif, avalise les bruits qui
l'accusent d'être sous son emprise (...).
Et, même dépendante, sa main paraît
tremblante... alors qu'elle a en compétiteur un Nicolas Sarkozy dont ce n'est
pas le défaut (...)
Le problème sera sans doute moins l'évacuation d'un
ténor âgé, qui a souvent dit lui-même qu'il était l'homme le plus haï de
France, que l'incapacité de sa fille à faire fonctionner les statuts d'une
association.
Les partis politiques sont juridiquement de simples
associations sans but lucratif.
Or, des associations loi 1901, il y en a 1,1
million en France, rassemblant 23 millions de personnes: nos concitoyens
connaissent la réalité associative.
Marine
Le Pen se positionne comme une candidate crédible, sérieuse, et s'est même plusieurs fois offert le
plaisir de critiquer des positions de la droite conservatrice en les traitant
de démagogiques ou d'amatrices.
Il ne sera pas forcément aisé d'arriver
devant l'électorat conservateur en lui demandant de la préférer à Nicolas
Sarkozy, pour un poste où elle veut sortir la France de l'euro, ou elle
jouerait un rôle essentiel au Conseil de sécurité de l'ONU en rapprochant la
France de la Russie, alors qu'elle
n'arrive pas à faire fonctionner une association (...)
Jean-Marie Le Pen n'en restera pas là.
Car, ( et c'est chose fâcheuse pour Florian
Philippot et Marine Le Pen ) Jean-Marie Le Pen a une excellente culture
classique. Il a lu Machiavel."
Source : Le Salon Beige
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