10 Ans après le rejet de la Constitution Européenne par le Peuple Français
Après la mort de la démocratie française.
Le 29 mai 2005 qui, on s’en souvient, avait signé le rejet par une majorité écrasante de Français (54,67%, soit plus de 15 millions de voix) du « traité établissant une constitution pour l’Europe» élaboré sous la houlette de Valéry Giscard d’Estaing, aurait dû ouvrir le millénaire dans la fanfare des peuples libres et souverains, prenant enfin en main leur destin.
Il n’en fut rien.
Il en fut tout au contraire : à peine trois ans plus tard, le président Sarkozy abolissait en un tournemain et en un tour de magie le verbe du peuple, en faisant voter au congrès le Traité de Lisbonne.
Chant du cygne que ce référendum, fin de l’histoire de France, enterrement
de première classe d’une nation pluriséculaire, cage dorée pour patrie
fatiguée ?
Oui, mais seulement si nous le voulons et rendons les armes.
Car ces dix années auront au moins prouvé ceci à la face du monde et des
eurobéats que la voie de l’Union technocratique est sans issue.
On nous sert
l’intégration forcée à coups de réglementations et de décrets pendant que les
peuples, grecs mais pas seulement, meurent dans leur économie et aussi dans
leur âme.
Cette UE ne sait protéger ni les intérêts de ses peuples, ni ceux de ses
entreprises.
Elle est ouverte aux quatre vents de la mondialisation et dans son
intérieur même, par la pratique du dumping social, elle détruit les économies
locales.
Cette UE n’a pas de politique extérieure aboutie, ni la voix forte que
le monde attend.
Cette UE est incapable de trouver une solution humaine et
raisonnable à la tragédie des migrants qui traversent la Méditerranée.
Cette UE
n’est plus un pont civilisationnel, seulement le jouet d’intérêts atlantistes.
Cette UE fait fermenter dans le secret des traités de libre-échange auxquels
les élus mêmes des nations qui la composent n’ont pas accès.
Bref, cette UE a
vitrifié toutes les énergies européennes.
Mais son mal vient de plus loin, et il était déjà patent dans le projet de
constitution qui biffait ses racines chrétiennes pour leur préférer les seules
Lumières.
Son mal est civilisationnel, culturel, tout le monde le sait mais nul
n’ose le dire. L’Union européenne s’est édifiée sur des critères techniques,
monétaires et juridiques qui ont changé une aspiration commune en une
monstrueuse machine. Les patries ne vivent pas d’abstraction, elles vivent de
symboles et d’histoire. C’est pourquoi cette Europe n’est aujourd’hui la patrie
de personne et que ses forces centrifuges se sont remises en marche, témoin la
tentation du départ du Royaume-Uni. « Les peuples sans légende seront condamnés
à mourir de froid », savait le poète.
C’est ce qui nous attend si, et l’anniversaire de cette victoire à la
Pyrrhus nous en donne l’occasion, nous ne refondons pas l’Europe sur sa seule
pierre d’angle, qui est son identité culturelle.
Dire qui nous sommes non pour
nous gargariser nostalgiquement du passé, mais pour savoir où nous allons. Et
pour le faire savoir.
L’Europe qui fut grande était celle des projets
industriels, énergétiques, écologiques transnationaux dans quoi chacun trouvait
son compte.
L’Europe qui fut grande était celle qui ensemençait le monde de sa
mesure, de sa sagesse née du long travail des siècles, cette Europe « voie
romaine » qu’a décrite Rémi Brague.
Cette Europe du souci des plus
faibles, cette Europe qui apaisait les douleurs du monde.
Cette Europe-ci n’a pas besoin de commissaires anonymes, ni de grands
banquiers indépendants, ni de juges hors sol.
Elle a besoin du génie propre de
ses dizaines de patries, accordées dans une même symphonie.
C’est en quoi
aujourd’hui, fédéralistes ou souverainistes, élèves de Schumann ou de de
Gaulle, nous pouvons nous retrouver pour brûler enfin les cous de l’hydre
bruxelloise et reconquérant nos frontières, notre identité, nos économie,
réveiller l’âme commune qui nous fait Européens.
Charles Beigbeder
Xavier Lemoine Charles Millon Christian Vanneste

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