
Onirik : En 2011, plusieurs œuvres artistiques ont choqué des communautés religieuses, pensez-vous que la liberté d’expression, notamment dans l’art mais pas uniquement, a des limites ? Est-ce à la loi de fixer ces limites ?
Carl Lang : La liberté d’expression a des limites, bien entendu, qui sont le respect de la vie privée, le droit à l’image, le respect des bonnes mœurs et de l’ordre public, etc. Ces limites, la loi les fixe déjà. Il revient aux tribunaux de recevoir les plaintes des personnes lésées et de leur accorder réparation, en cas par exemple de diffamation, de blasphème ou de sacrilège. Par contre, les lois qui interdisent d’exprimer certaines opinions en tant que telles, ou de contester des faits historiques, sont liberticides. Pour reprendre l’exemple tiré de l’actualité auquel vous faites allusion, chaque cas doit être défini avec justesse.
Ainsi, prétendre que Jésus n’aurait jamais existé, en dépit des preuves historiques qui existent, relève d’une opinion, manifestement fausse au regard des preuves historiques, mais parfaitement licite ; de même, nier qu’il soit le fils de Dieu relève de la croyance, et dans ce cas la loi ferait violence aux consciences si elle voulait imposer cette foi ; par contre, badigeonner l’image du Christ d’excréments en public est un sacrilège…
C’est dans ce dernier cas seulement, bien entendu, que les croyants peuvent s’estimer lésés, et que la liberté d’expression trouve une limite. Il est déjà assez troublant que des spectacles contenant des scènes de ce genre puissent obtenir des subventions ; mais il serait intolérable que les justes plaintes des croyants outragés ne puissent obtenir réparation.
Ces nuances sont importantes, parce qu’elles montrent que c’est souvent par malhonnêteté intellectuelle qu’on réclame la liberté totale pour l’art… Liberté dont on a parfois l’impression qu’elle consiste essentiellement dans le droit de choquer. Et on a parfois la désagréable impression que les artistes qui réclament la plus grande liberté sont souvent ceux qui sont le plus avides de subventions, et partant les plus serviles à l’égard des idées dominantes.
Crédit Photo : David Lapeduna
Afin d’éviter toute polémique inutile, précisons que Onirik est apolitique et ne souhaite promouvoir aucun mouvement par rapport à un autre. Notre choix de nous adresser à l’ensemble des candidats vient de la volonté de respecter chaque électeur, quel qu’il soit.
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