lundi 23 janvier 2012

Présidentielle 2012 : Interview de Carl Lang président du Parti de la France 1


Lundi 23.01.2012
Dans le cadre de l’élection présidentielle 2012, Onirik (site d'information sur le net)a souhaité donner la parole à tous les candidats - sans aucune exception - sur le thème de la culture et du partage culturel.
Les questions envoyées aux candidats sont strictement
identiques, permettant une impartialité de notre part et une meilleure lecture des propositions par nos visiteurs. Nous publierons toutes les réponses qui nous seront faites. Si un candidat n’est pas présent, c’est qu’il a choisi d’ignorer nos sollicitations ou n’a tout simplement pas eu le temps de le faire
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Onirik :
La SACEM est régulièrement pointée du doigt par la commission permanente de contrôle des sociétés de perception et de répartition des droits (source). Pensez-vous que ces dérives soient symptomatiques d’une dérive générale des systèmes de financement de la création ? Sont-ils adaptés à un monde où l’émergence des outils et réseaux numériques permettent aux artistes de s’autoproduire et de diffuser leur travail ? Comment assurer avec les nouveaux moyens de communication et de diffusion l’équité en termes de financement et de répartition ?

Carl Lang : L’existence de la SACEM, société qui regroupe à la fois les compositeurs et les éditeurs de musique, repose sur le principe d’une communauté et même d’une identité d’intérêts entre les uns et les autres. Or cette idée est moins vraie que jamais.
Disons d’abord qu’il convient, dans le domaine des nouvelles technologies, de l’édition numérique, de la diffusion en ligne, de ne pas adopter une position strictement défensive. On insiste à l’envi sur les dangers d’une diffusion gratuite des œuvres, notamment par le téléchargement illégal. Cette question s’est déjà posée lors de l’apparition des premiers appareils d’enregistrement (les magnétophones de notre jeunesse). Or les craintes exprimées à l’époque n’étaient pas justifiées. Non seulement les téléchargements illégaux souffrent souvent d’une mauvaise qualité de son et d’image, d’absence de sous-titres, etc., mais ceux qui piratent le plus sont aussi les plus gros acheteurs de films et de disques…
Il est faux de croire que la diffusion en ligne, légale ou non, tarit forcément la vente des livres et des disques. L’exemple de la Bibliothèque nationale est frappant à cet égard : la mise en ligne de documents dans le cadre du projet Gallica n’a pas vidé les salles de lecture : elle les a remplies, au contraire. Plus les lecteurs ont la possibilité de consulter les documents de chez eux, plus ils viennent les consulter sur place ! C’est un paradoxe à méditer.
La diffusion de la musique et des films par téléchargement payant et sur disque a des moyens de se défendre contre le piratage, et elle le fait par la qualité du son et de l’image qu’elle offre, ou par l’adjonction de bonus, de scènes inédites, etc. De même, les salles de cinéma continueront d’attirer des spectateurs tant qu’elles sauront leur offrir quelque chose qu’ils n’ont pas chez eux.
A l’heure de la télévision numérique et de la diffusion à la demande, les règles compliquées qui existent en France, comme l’interdiction de diffuser des films à la télévision le samedi soir, n’ont plus de sens. Ces défenses illusoires ne font que retarder et entraver l’adaptation des systèmes de distribution et de diffusion, et ne profiteront qu’aux concurrents étrangers. Ces mesures défensives sont souvent prônées par les sociétés d’édition et de diffusion. Elles mettent bien sûr en avant la nécessité de rémunérer les auteurs, et nul ne conteste qu’il est juste que ceux-ci touchent des droits sur la diffusion de leurs œuvres. Mais leurs intentions sont-elles si pures, et la communauté de destin entre les auteurs et les éditeurs est-elle toujours si évidente ?
Le fait que les auteurs usent de plus en plus des possibilités de s’autoéditer tend à le montrer. Cela ne veut pas dire que des éditeurs ou des diffuseurs capables d’aider les auteurs à se faire connaître et le public à faire son choix n’aient pas leur rôle à jouer. Mais soyons lucides, l’impression à l’avance de livres ou de disques, leur stockage et leur distribution dans des boutiques est un procédé très coûteux et qui aura du mal à résister à la diffusion numérique en ligne. Cela ne fait certes pas l’affaire des éditeurs traditionnels. Par contre, les frais de fabrication et de distribution baissant, les auteurs peuvent ainsi percevoir une part beaucoup plus importante d’un prix de vente lui-même en baisse. En réalité, dans beaucoup de cas et de plus en plus, le droit d’auteur cessera d’être une part accessoire du prix pour en devenir la part principale.
Pour revenir à la SACEM, elle se trouve au cœur d’un entrelacs de sociétés inextricable et coûteux, dont le fonctionnement est si opaque qu’on se demande si cette complexité n’est pas voulue. Les modalités de répartition des droits ont été établies à une époque où il était certes impossible de savoir quelles œuvres au juste étaient diffusées, à la radio notamment. Mais cette époque est révolue, et il est désormais possible plus que jamais de rendre à chacun ce qui lui revient.
Reste la question de l’aide à la création. C’est une autre démarche, qui donne lieu à des politiques beaucoup plus contestables. Cette aide est-elle utile, pertinente, efficace ? On peut en douter. En tout cas, faire passer l’aide à la création par le financement des éditeurs et des distributeurs n’est pas une bonne solution. L’exemple du cinéma le montre : faire financer les films par les chaînes de télévision conduit à un certain appauvrissement, car la diffusion sur grand écran en salle ou bien chez soi sur petit écran sont deux choses trop différentes : on ne conçoit pas un film de la même manière pour l’un et pour l’autre.
Les éditeurs et diffuseurs rendent bien entendu de grands services aux auteurs, mais on peut aussi observer que la communication tend parfois à remplacer l’édition ou l’information. Quand, par exemple, un livre sur la monnaie unique est rédigé par le chef de cabinet du président de la Commission européenne, est-ce encore de l’édition, ou de la communication ? De même quand un livre sur la Provence est publié grâce aux subsides et sous le contrôle du conseil régional et de son président… Bien souvent, les subventions, sous couvert d’aide à la création ou d’action culturelle, mènent ainsi à la prise en main idéologique.





Suite demain.
Crédit photo : David Lapetina



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