À Remoncourt, un calvaire a été abattu…
Dans la nuit de dimanche à lundi, dans le village de Remoncourt (Vosges),
un calvaire en bord de route a été abattu. La grande croix de bois a été sciée.
Le maire a confié à Vosges Matin être très contrarié par
cette « atteinte à un symbole religieux,
qui fait partie de la mémoire collective du village », mais il « n’ose penser qu’il s’agit d’une attaque religieuse », « plutôt de vandalisme stupide ».
Certains diront qu’il n’y a pas mort d’homme. Pas de quoi fouetter un chat.
Il est vrai que nous serions en 1978, dans la France insouciante et légère de
Giscard d’Estaing, l’affaire ne mériterait pas plus qu’un encart dans le
quotidien local. Il y a des zinzins partout, n’est-ce pas, alors pourquoi pas à
Remoncourt ?
Sauf que la France n’est plus insouciante ni légère. Sauf qu’il y a un
contexte et des précédents – notamment dans le village où le cimetière a été
profané – qui donnent une coloration symbolique particulière au spectacle de ce
grand Christ en croix gisant face contre terre.
Sauf que « le ou les auteurs s’y sont repris à plusieurs fois, […] cela a dû
prendre un peu de temps pour la faire tomber […], la solide poutre
centrale, haute de plusieurs mètres, [étant] de la taille d’une traverse de
chemin de fer », bref beaucoup d’efforts développés pour du « vandalisme stupide » perpétré par quelques garnements
désœuvrés…
Les paroles de ce brave et obscur maire de campagne, tout en bas de
l’échelle de l’État, sont emblématiques du reste de la pyramide : Il « n’ose penser » qu’il s’agit d’une attaque religieuse.
Peut-être, un jour, faudra-t-il songer à oser penser ? Peut-être même,
soyons fous, à oser agir ?
D’autres diront encore qu’il ne faut pas sombrer dans la surenchère
victimaire, que la comptabilité de ces déprédations sur l’air de « Moi aussi, m’sieur, on m’fait mal, r’gardez ! » est malvenue.
Il y a quelques semaines, Élisabeth Lévy, dont les analyses sont pourtant
souvent très justes, prétendait dans Causeur, sous le titre
« La dernière tentation des chrétiens », qu’« entre majorité culturelle ou minorité opprimée, il [fallait]
choisir » : « affairés qu’ils sont à améliorer
leur score au palmarès de la persécution, les cathos ne voient pas le piège
qu’ils se sont tendus à eux-mêmes ? En gagnant leurs galons de minorité
religieuse, ils risquent de perdre définitivement leur statut de majorité
culturelle. On ne peut pas éternellement jouer sur deux tableaux : entre
les délices de la posture minoritaire et les privilèges ingrats de
l’ancienneté, il faut choisir. »
Si l’on en croit sa diffusion sur les réseaux sociaux, l’article a
rencontré un certain écho auprès des catholiques eux-mêmes.
Prétendre conserver son statut de culture « majoritaire » empêcherait de dénoncer
les agressions ? Le raisonnement est spécieux. Ce statut n’est pas un
trône sur lequel on tenterait tant bien que mal de rester assis, la couronne de
traviole sur la tête, en gardant la posture digne qui sied aux rois,
c’est-à-dire sans pleurnicher, mais un fait : notre culture chrétienne est
« majoritaire » en ce sens qu’elle est
constitutive, plus qu’aucune autre, des fondations de notre pays. Comme il est
un fait que les attaques contre elle, petites ou grandes, se multiplient.
Exposer les faits relèverait donc de la concurrence victimaire ?
Il est probable que l’Histoire, au siècle prochain, analysera ces freins
psychologiques complexes, ces autocensures d’une humilité confinant
inconsciemment à l’orgueil – « Nous autres ne
mangeons pas de ce pain-là, nous ne nous abaissons pas à geindre ! » – qui auront paralysé
les résistances.
Dommage, il sera trop tard.
Gabrielle
Cluzel via Bld Voltaire

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire